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Entretien avec le chercheur Saker El Nour : L’agriculture capitaliste est non seulement incapable de fournir la nourriture d’une manière adéquate, mais elle est également préjudiciable à l’environnement et aux êtres humains

“Ce moment que nous vivons est propice pour répandre les idées liées à la souveraineté alimentaire.”

“Le concept de sécurité alimentaire ignore le rôle des producteurs alimentaires, tandis que la souveraineté alimentaire affirme leurs droits”. 

Saker ELNour

Les pays d’Afrique du Nord, y compris l’Égypte connaissent depuis des décennies l’infiltration du modèle agricole financier, industriel et d’exportation, qui a affecté négativement l’agriculture paysanne et les producteurs locaux. De graves problèmes sont apparus pendant la crise du Corona Virus, les plus importants étant la dépendance alimentaire et la perte de souveraineté. Le moment présent est propice pour répandre les idées liées à la souveraineté alimentaire et de clarifier leurs contenus libérateurs ainsi que les moyens de les atteindre.

Pour découvrir les différents aspects de cette question, le site Siyada (Réseau d’Afrique du Nord pour la souveraineté alimentaire) a mené un entretien approfondi avec le chercheur égyptien Saker El Nour.

Voici le texte de l’interview:

  1. Parlez-nous un peu de votre parcours professionnel et de vos intérêts? Veuillez aussi nous donner un aperçu de vos recherches.

Au début, j’ai suivi des études d’ingénieur en Agro-alimentaire à la faculté d’agriculture de Sohag en 2000. Ensuite, en 2013, j’ai obtenu un diplôme en développement humain de l’Institut national de planification du Caire, suite auquel j’ai rejoint le département d’économie agricole de la faculté d’agriculture de l’Université de Minia pour préparer un Master en sociologie rurale et économie agricole en 2005. En 2013, j’ai soutenu ma thèse de doctorat en sociologie sur les « dynamiques contemporaines de la pauvreté dans l’Égypte rurale » à l’Université de Paris 10 – Nanterre. Après ma soutenance, j’ai enseigné la sociologie rurale à la Faculté d’agriculture de Qena (Haute-Égypte). Et j’ai eu des contrats postdoctoraux, d’abord à l’Université Américaine de Beyrouth, ensuite à l’École supérieure des sciences sociales (EHESS) et au Musée des civilisations euro-méditerranéennes (MuCEM) à Marseille (sud de la France). Au cours de ces années, j’ai eu l’occasion de mener des enquêtes de terrain dans les campagnes d’Égypte, du Maroc, de Tunisie et du Liban. J’ai eu la chance d’être en contact avec de nombreux chercheurs et militants travaillant dans le domaine des études rurales et des questions agricoles dans de nombreux pays arabes. Mes intérêts de recherche portent sur l’appauvrissement et les politiques de lutte contre la pauvreté, l’accès aux ressources naturelles, les politiques agricoles, l’économie politique de l’alimentation, les mouvements sociaux ruraux, la souveraineté alimentaire et l’agriculture écologique.

Bref, la principale préoccupation de mes recherches est de fournir une lecture critique de la réalité et de l’avenir de la production agricole et des agriculteurs dans le monde arabe. Mes travaux tentent de combiner l’analyse globale de l’économie politique de la production alimentaire et l’analyse partielle des pratiques des principaux acteurs, ainsi que les stratégies, les outils d’adaptation et de résistance poursuivis par les agriculteurs.

  • Le discours mondialement dominant sur la sécurité alimentaire dicte que le système agricole industriel (agriculture capitaliste) est celui qui pourvoit à nos besoins alimentaires et que l’agriculture familiale, les petits agriculteurs et les pêcheurs sont un obstacle à la transformation et au développement de ce système. Que pensez-vous de ces arguments?

Ce discours dominant contredit le fait que la majeure partie de la production agricole dans le monde, en particulier dans le sud, est produite par les petits agriculteurs qui fournissent la plupart des aliments que nous consommons aujourd’hui. Selon un rapport publié par la FAO en 2014, les exploitations d’une superficie inférieure à un hectare représentent 72% de toutes les exploitations du monde, mais elles ne contrôlent que 8% de toutes les terres agricoles. Les exploitations d’une superficie comprise entre 1 et 2 hectares représentent 12% de l’ensemble des exploitations et contrôlent 4% des terres. En revanche, seulement 1% de toutes les exploitations agricoles dans le monde ont plus de 50 hectares, et contrôlent 65% des terres agricoles du monde. 35% environ de la superficie agricole dans le monde est cultivée par des petits et moyens agriculteurs qui produisent entre 70 à 80% de la nourriture que nous consommons.  Tout ça pour vous dire que l’agriculture capitaliste est non seulement incapable de fournir la nourriture d’une meilleure façon, mais elle est également préjudiciable à l’environnement et aux êtres humains par ses méthodes, son mode de production et son exploitation des ressources naturelles.

  • Il y a ceux qui parlent du projet de “souveraineté alimentaire” au lieu de “sécurité alimentaire”. Y a-t-il une dissemblance entre les deux? Lequel sert les intérêts des peuples et des classes marginalisées?

Avant de parler de différences, tentons d’abord de donner des définitions générales aux deux termes. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la sécurité alimentaire signifie: que chacun a les capacités matérielles, sociales et économiques d’accéder à des aliments sains et nutritifs en quantités suffisantes pour répondre à ses besoins et à ses préférences alimentaires afin qu’il puisse profiter d’une vie active et saine. En s’appuyant sur cette définition, quatre dimensions de la sécurité alimentaire peuvent être identifiées: la disponibilité des aliments, l’accès économique et physique à la nourriture, son utilisation et la stabilité des capacités d’accès dans le temps. Il est clair ici que la sécurité alimentaire ne signifie pas l’engagement de l’État à la production alimentaire, mais à la provision de la nourriture par tous les moyens, tels que la production, l’importation ou l’aide alimentaire. Quant au concept de souveraineté alimentaire, mis en avant par le mouvement international « La Via Campesina », il signifie “le droit des peuples, des communautés locales et des pays à définir leurs propres politiques en matière d’agriculture, d’emploi, de pêche, de nourriture et de terres qui sont appropriées sur un plan environnemental, social, économique et culturel selon leur situation particulière. Cela inclut un véritable accès à la nourriture et à la production alimentaire, ce qui signifie que toute personne a le droit à une alimentation saine, nutritive et culturellement appropriée, aussi a le droit à des ressources de production alimentaire et à la capacité de subvenir à ses besoins et à ceux de sa communauté. ” 

Par conséquent, on peut dire que la différence fondamentale entre le concept de la souveraineté alimentaire et le concept de la sécurité alimentaire est que la souveraineté alimentaire consiste en la priorité des droits des personnes et des communautés de produire et de consommer des aliments, avant toutes considérations commerciales. Elle s’intéresse à la localisation des systèmes alimentaires, car l’accès et la commercialisation des aliments aux niveaux local et régional doivent avoir la priorité sur l’approvisionnement des marchés mondiaux. La nourriture selon le principe de la souveraineté alimentaire est un droit et non une marchandise soumise à la loi du profit.

D’autre part, dans le concept de la sécurité alimentaire, le rôle des producteurs des aliments est ignoré, alors que dans celui de la souveraineté alimentaire, le droit des agriculteurs à la vie est affirmé en tant que producteurs de nourriture et en tant que travailleurs dans la dignité. Le concept de la souveraineté alimentaire vise à mettre le contrôle des terres, des pâturages, de l’eau, des semences et du bétail entre les mains des producteurs alimentaires locaux et contribue au respect de leurs droits.

Enfin, la souveraineté alimentaire nécessite des systèmes de production et de distribution qui protègent les ressources naturelles et réduisent les émissions de gaz polluants, en évitant autant que possible les méthodes industrielles à forte intensité énergétique qui nuisent à l’environnement et à la santé de ceux qui produisent et consomment des aliments. La souveraineté alimentaire en tant que cadre directeur pour l’économie agricole se fonde sur le modèle de l’agriculture écologique (agro-écologie) comme base pour la production agricole et la réglementation des relations entre les paysans et les ressources naturelles. Quant au concept de la sécurité alimentaire, il ne se soucie pas de qui ou de comment produit-on de la nourriture !

Centre d’Edfou – Gouvernorat d’Assouan – Photo prise par Saker El Nour
  • Dans votre dernier écrit, vous avez attiré l’attention sur les petits paysans et les travailleurs agricoles dans le contexte de la pandémie du Corona Virus en Egypte. Vous les avez baptisés résistants silencieux et héros anonymes. Parlez-nous de cela.

Lors de mon suivi de la couverture médiatique de la pandémie du Corona Virus en Égypte, mon attention était portée sur l’occultation du rôle joué par les paysans et les travailleurs agricoles malgré la persévérance avec laquelle ils continuent à fournir en permanence la nourriture aux citoyens, et malgré les dangers et les risques qu’ils encourent en continuant leur activité. Je voulais souligner cet effort qui n’est pas visible socialement. Quant à mon utilisation du terme « résistants silencieux » ou « héros invisibles », je voulais faire référence à une lecture sociologique du processus d’exclusion sociale. Se concentrer uniquement sur les médecins (et non sur le personnel médical composé des travailleur.se.s en milieu hospitalier, des infirmier.e.s et des technicien.ne.s) est un parti pris de classe. Quand les activistes et les professionnels des médias parlent seulement des médecins, ils parlent de leurs paires et voient en eux des héros qui les ressemblent. Je ne dis pas qu’il faut négliger le rôle des médecins, mais il faut se méfier du discours dominant contrôlé par les médias et reproduit dans le comportement des classes dominantes qui ne voient pas d’autres « héros », jouant pourtant un rôle majeur dans cette crise pour que les gens continuent à manger et à vivre. Seulement, quand on parle de héros on parle de ceux à qui on s’identifie et on ignore les autres catégories sociales moins visibles, éloignées de notre quotidien relationnel et pourtant si proches pour nos besoins vitaux. Des catégories qui ne correspondent pas à notre idéal héroïque tel qu’il est véhiculé par l’idéologie dominante. Quand j’ai écrit sur les résistants silencieux et les héros invisibles, j’ai essayé par-là de contribuer àune analyse des notions de solidarité et d’unité nationale en termes de classe. Ce sont des notions qui ont l’air si évidentes, mais sous lesquels se cachent pourtant des formes de ségrégation et d’exclusion subies par les groupes sociaux qui ont du mal à se faire entendre et qui sont socialement invisibilisés. Or, leur invisibilité n’est pas le résultat de leur absence ou de la régression de leurs efforts, mais plutôt le résultat d’un processus d’exclusion structurelle. Ils sont invisibles parce que nous ne voulons pas les voir et non parce qu’ils n’existent pas.

  • Cette crise sanitaire mondiale que nous traversons a mis en évidence la fragilité de nos systèmes économiques, sociaux et environnementaux, et a démontré les risques et les difficultés auxquels sont confrontés les travailleurs, y compris les travailleurs journaliers et informels. En Égypte, par exemple, 25% de la main-d’œuvre est employée dans les secteurs de l’agriculture et de la pêche. Donnez-nous une idée générale de la situation des petits paysans / travailleurs agricoles / pêcheurs, ainsi que de leurs conditions de travail et des mesures préventives prises pour les protéger.

Selon le dernier recensement général de la population, réalisé en 2017, la population rurale a atteint environ 54,75 millions de personnes, et elle représente environ 57,8% de la population totale en Égypte. Ce pourcentage indique une augmentation du ratio de la population rurale par rapport à son homologue urbaine si l’on compare au recensement de 2006, qui représentait 57% de la population totale. La proportion des actifs agricoles (qu’il s’agisse d’un travail de base ou à temps partiel) représentent environ 70% du nombre d’habitants des campagnes. L’agriculture est encore une activité de base pour la majorité de la population rurale et une source principale de leur subsistance.

Si nous regardons la structure de foncier agricole dans le dernier recensement (celui de 2010), nous remarquons que les petits paysans qui détiennent des exploitations de moins de cinq acres représentent 90% de la structure de propriété, et que les familles agricoles qui possèdent moins d’une acre sont majoritaires et représentent environ 37,7% de la communauté agricole. Ce pourcentage monte à 69% pour ceux qui possèdent moins de trois acres alors qu’environ 1% des propriétaires possèdent plus de vingt acres mais ils détiennent 24,9% de la superficie cultivée. Les petits paysans (moins de cinq acres) représentent donc la principale composante de l’agriculture dans la Vallée (Al-Wadi) et le Delta du Nil. Ils sont le cœur de l’agriculture égyptienne et les principaux producteurs de nourriture.

Avec la transformation néolibérale entreprise dès les années 1970 et qui dure jusqu’ aujourd’hui, la politique agricole égyptienne est passée du soutien à la production agricole en fournissant les semences améliorées, les engrais et les pesticides à des prix subventionnés, à une politique qui a réduit le soutien des petits producteurs agricoles, en ouvrant les portes aux investisseurs du secteur et aux cultures d’exportation et en libéralisant les prix des engrais, des pesticides, des semences et des terres. L’impact de la libéralisation économique sur les agriculteurs a été considérable, car elle a accru les inégalités sociales et a appauvri de larges secteurs de la population rurale. Ces politiques ont affaibli les capacités matérielles des paysans et leur capacité à produire et à reproduire. Le gouvernement égyptien n’a pas élaboré de stratégie qui conviendrait à la particularité des conditions de la campagne égyptienne. Bien au contraire, l’appauvrissement des paysans et la sortie de certains d’entre eux de la production agricole ont duré avec la poursuite des stratégies étatiques axées sur les grandes exploitations et la production pour exportation.

Les petits paysans et les ouvrier(e)s agricoles travaillent en l’absence de toute forme de protection et il n’y a aucune forme de soutien qui leur est spécifiquement destiné. Bien que l’Égypte a adopté un plan de sauvetage économique d’environ 100 milliards de livres égyptiennes (5.8 milliards d’euros), le secteur agricole se trouve uniquement concerné par l’arrêt de paiement de la taxe foncière agricole, ce qui représente un soutien destiné aux propriétaires et non pas aux locataires ou aux travailleurs.

Je présume que cette crise va accentuer les difficultés rencontrées par le secteur agricole, notamment à la lumière de ce mépris et de cette indifférence que nous observons dans les démarches que l’Etat prend face à la crise actuelle.

  • Comment les petits paysans et les travailleurs agricoles peuvent-ils s’organiser pendant la pandémie du Corona Virus afin de revendiquer leurs droits, y compris ceux pour assurer une protection immédiate pendant leur travail?

Cette question est difficile à traiter car en Égypte, comme vous le savez, nous vivons sous un régime autoritaire qui a démantelé la plupart des acquis de la lutte syndicale pour les paysans, qui ont été obtenus au lendemain de la révolution du 25 janvier 2011. Ces moments révolutionnaires ont été témoin d’un large mouvement pour organiser les paysans. Cinq syndicats paysans, ont été crées dont quatre ont été démantelés pour qu’il n’en reste finalement qu’un seul qui se trouve attaché à l’appareil d’État. Désormais, la crainte est que l’État et son appareil répressif augmentent le déploiement de leur contrôle et de leur autorité sur les citoyens sous le couvert de la crise et qu’ils accroissent la répression et la restriction des libertés. Néanmoins, il me semble que la crise peut également créer des formes de solidarité et d’organisation locale pour l’échange de services et le travail en commun, mais il est encore trop tôt pour en voir le résultat.

Centre Badrashin – Gouvernorat de Gizeh – Photo prise par Saqr Al-Nour
  • Les pays d’Afrique du Nord sont parmi les plus grands importateurs de blé au monde, je pense que l’Egypte et l’Algérie sont en tête de liste. À la lumière de la pandémie du Corona Virus, certains pays ont annoncé qu’ils avaient cessé d’exporter des produits agricoles. Comment jugez-vous les nouvelles politiques libérales qui nous ont fait perdre notre souveraineté alimentaire? Comment restaurer le pivot de la souveraineté agricole dans un contexte marqué par la domination du capitalisme et des multinationales?

Bien sûr, il existe de réelles inquiétudes, en particulier du fait que des pays tels que le Kazakhstan, le Vietnam et la Russie ont suspendu leurs exportations de céréales pour une période qui peut être prolongée, et que la plupart des pays de la région souffrent de dépendance alimentaire et de dépendance à l’égard des exportations pour répondre à leurs besoins spécifiques en blé mais aussi en autres produits alimentaires.

Le problème est que nos pays ne tirent pas les leçons du passé. En 2007-2008, en raison de la crise alimentaire mondiale, des Égyptiens ont perdu leurs vies en se battant pour le pain devant les boulangeries. L’État a cessé d’exporter du riz, mais il a poursuivi ses politiques biaisées en faveur du capital et de l’exportation agricoles. Clairement, l’agriculture est l’un des secteurs qui révèle le plus le déficit des politiques néolibérales dans notre région. En outre, sortir de la crise agricole ne signifie que sortir de ce tunnel sombre appelé politiques de marché. Les pays qui souhaitent sortir de ce tunnel sombre doivent reconsidérer les dépenses publiques, considérer l’agriculture et l’alimentation non seulement comme une marchandise, et ils doivent planifier une transformation agro-éco-alimentaire qui permet une transition vers la souveraineté alimentaire.

  • Le Réseau nord-africain pour la souveraineté alimentaire est l’une des plateformes de lutte dans la région, qui comprend un certain nombre d’organisations agricoles et de militant(e)s progressistes. Selon vous, comment fédérer les efforts des militants(e)s sur la question de la souveraineté alimentaire dans notre région et dans le monde après ce que nous constatons aujourd’hui des effets de la pandémie du Corona Virus? Comment présenter l’idée de passer à un système agricole alternatif où règnent justice et durabilité?

Je pense que l’idée de souveraineté alimentaire n’est pas étrangère à notre région, en particulier elle n’est pas étrangère aux paysans qui adoptent eux-mêmes de nombreuses idées liées à l’essence de la souveraineté alimentaire et il n’est donc pas difficile de diffuser les idées associées à ce projet. Ce que le réseau fait est très important et central dans la diffusion des idées de la souveraineté alimentaire à un niveau régional. Les partenaires du réseau travaillent au niveau de leur pays, mais j’imagine que les listes d’adhésion devraient être élargies au sein des pays et augmenter également la production d’un matériel audiovisuel qui soit de courte durée et qui traite des concepts, pratiques et activités liées à la souveraineté alimentaire parce que le contenu du matériel écrit n’est pas en mesure d’atteindre un large éventail des catégories ciblées.

Ce moment que nous vivons représente une opportunité appropriée pour répandre l’idée de la souveraineté alimentaire de deux manières. Premièrement, la crise actuelle est liée au modèle d’agriculture capitaliste, à la destruction des forêts et la perturbation de la chaîne alimentaire causée par les activités humaines. Deuxièmement, il y a les risques de fermeture des frontières, l’incapacité de la production locale à répondre aux besoins et l’abstention de certains pays à exporter leurs produits. A ce niveau, il semble que proposer un modèle alternatif fonctionnel soit une priorité, afin que nous ne nous arrêtions pas à une simple critique du système existant sans des éléments constitutifs d’un système alternatif qui peut également être discuté et mis en œuvre.

  • Un dernier mot sur vos recherches à venir. Parlez-nous du projet que vous comptez mener au Soudan?

Je travaille actuellement en coopération avec l’équipe de l’initiative du soutien aux coopératives à Fayoum (Egypte) pour terminer un livre sur la souveraineté alimentaire en Égypte, et cette étude pourrait aider à fournir une base théorique et empirique fertile pour faire avancer les discussions et les initiatives dans ce sens.

Quant à mon projet de recherche au Soudan, j’ai récemment obtenu une bourse de travail de terrain de la part d’un centre de recherche français (Centre d’études, de documentation sociojuridique et économique de Khartoum_ CEDEJ) pour mener un projet sur le rapport entre paysans et soulèvements arabes. Ce projet de recherche vise à documenter et analyser le mouvement des paysans protestataires dans le contexte du soulèvement au Soudan en 2018. Pendant ce séjour de recherche, je compte examiner les mouvements de protestation des agriculteurs dans le contexte historique et actuel du soulèvement soudanais au sein du périmètre irrigué d’Al-Jazeera, qui a été le centre de luttes paysannes majeures à la fin des années 1950. L’étude soulève plusieurs questions, notamment: quel est le développement historique et contemporain des mouvements protestataires dans la zone d’étude ? Comment le soulèvement de décembre 2018 a-t-il affecté les dynamiques du mouvement paysan ? Comment les paysans se sont  positionnés dans ce moment contestataire et dans quelles mesures ont-ils pu ou pas en faire partie ?

Traduit par Nidhal Hadd

le lien Original de l’article

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